Synthèse du colloque « Argent et Humanisme font-ils bon ménage ? »

Dialogue&Initiative a organisé le 25 janvier dernier, un débat commun sur le thème : Le choix des valeurs : argent et humanisme font-ils bon ménage ?

Inscrit dans le cadre du conseil des think-tanks de l’UMP, l’évènement a réuni 200 membres du club autour de 6 personnalités des mondes économique, médiatique et politique : Christian POYAU, président de la Fondation Croissance Responsable, Anton BRENDER , directeur des Etudes économiques de Dexia Asset Managment, Jérôme VIGNON, président des Semaines sociales de France, Guillaume TABARD, rédacteur en chef adjoint du journal Les Echos, Guillaume PELTIER, directeur de la Lettre de l’opinion et Jean-Pierre RAFFARIN.

Le débat, animé par le premier Vice président de l’Assemblée nationale, Marc LAFFINEUR, s’est orienté autour de trois thématiques :

-Les Français et l’argent entre rejet et fascination.

-Les entreprises et l’argent : l’économie réelle face au défi du développement solidaire et responsable

-Comment remettre la finance au service de l’Homme ?

Dans un premier temps, une intervention vidéo du philosophe Luc FERRY a été projetée. Il a mis en lumière les questions soulevées par la thématique du colloque.

Guillaume PELTIER est ensuite intervenu pour définir, à travers sondages et études sociologiques, les caractéristiques du rapport paradoxal des français à l’argent, et ainsi introduire les débats.

Selon l’analyste, les français ne sont pas encore totalement décomplexés dans leur façon d’aborder l’argent. Il a indiqué que si d’un côté les français trouvent que l’argent prend trop de place dans la société (78%), 81% d’entre eux en ont néanmoins parlé dans la semaine précédente et, qu’à l’inverse de leurs voisins européens, et notamment britanniques, ils considèrent majoritairement l’argent comme un sujet tabou. Mettant l’accent sur l’importance de l’éthique dans sa gestion, ils essayent par ailleurs de transmettre à leurs enfants des modes raisonnables et raisonnés de gestion financière.

La montée des préoccupations sur la question de la dette et des déficits montre qu’une prise de conscience sur la responsabilité intergénérationnelle a eu lieu. Les Français tendraient à passer du thème de « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui échappe » de François MITTERRAND au « Je me méfie autant des gens qui idolâtrent l’argent que ceux qui le détestent » de Nicolas SARKOZY.

Plusieurs intervenants ont tenu à réagir après cette présentation.

Jérôme VIGNON, a voulu revenir sur la question du rapport des français à l’argent. Il considère que ce dernier a significativement évolué au cours des dernières décennies. Une relation plus décontractée, plus mature à l’argent, a vu le jour, au point qu’elle a pu tendre à faire croire que l’argent était devenu la seule valeur sur laquelle la société pouvait se mettre d’accord.

Pour le Président des Semaines sociales de France, cette évolution positive doit donc être appréhendée avec précaution. Sur ce point, les Français partageraient la vision de la doctrine sociale de l’Eglise qui veut que l’argent ne soit pas érigé en absolu mais reste bien avant tout subordonné à l’humain. La demande pressante des Français d’un retour du politique dans l’économie illustre, selon lui, cette tendance.

Christian POYAU a voulu nuancer la vision historique du rapport paradoxal des français avec l’argent. Pour lui, le tabou qui peut encore peser sur cette thématique dans notre société est relativement récent et date de l’élaboration du Conseil national de la Résistance. Il a justifié sa vision en faisant remarquer que sous la IIIe République plus de créations d’entreprises avaient lieu par an qu’aujourd’hui.

Le chef d’entreprise a par ailleurs voulu pointer l’arrière plan idéologique figé qui structure la problématique de notre rapport à l’argent. Quand seulement 20% des Français adhèrent à l’économie de marché, contre 80% des Allemands, comment aborder sereinement les questions liées à l’argent ? La peur et l’irrationalité des positions doivent laisser place à une réflexion éclairée sur ces thématiques.

Guillaume TABARD a complété l’intervention de Christian POYAU en indiquant que l’évolution des mentalités françaises sur les dernières années allait dans la bonne direction. Il a tenu à rappeler que 68% des français jugeaient que la dernière réforme des retraites avait été responsable vis-à-vis des générations futures et que ces derniers tendaient à rejeter la simplification du monde opérée par les idéologies, au profit de la mise en valeur des principes de liberté, d’effort, de laïcité et de solidarité.

Après des échanges avec la salle, les intervenants en sont venus au second thème du débat : Les entreprises et l’argent : l’économie réelle face au défi du développement solidaire et responsable.

Christian POYAU, à travers l’expertise de la Fondation Croissance Durable, est intervenu très largement sur le sujet. Il a pointé les progrès qui avaient été faits en la matière et a indiqué que la problématique sociale, au même titre que les problématiques environnementales, était traitée par l’immense majorité des entreprises. S’il sait combien les différences peuvent varier d’un cas à l’autre, il a tenu à faire part de son grand optimisme sur ces questions et pense que d’importants progrès seront faits dans les prochaines années.

Le troisième thème : Comment remettre la finance au service de l’Homme ? a ensuite été abordé par Anton BRENDER.

Le directeur des Etudes économiques de Dexia Asset Managment a tenté tout au long de son intervention de briser un certain nombre d’idées reçues sur la finance. Il a défendu l’idée que la finance n’était en aucun cas déconnectée du réel, mais bien ancrée dedans, car elle permettait de manière très concrète, d’assurer la gestion des risques des entreprises, ou encore la liquidité des transactions. Il est revenu sur les montants mirobolants brassés par le monde financier lors d’une journée, et a indiqué que si ces chiffres pouvaient effrayer, ils provenaient en grande partie des besoins de financement de l’économie réelle et pas de la spéculation.

Anton BRENDER a par ailleurs critiqué la vision un peu naïve qui a pu prédominer ces dernières années : à savoir que la finance se mettrait naturellement au service de l’homme. Pour lui la finance n’est en aucun cas liée à la morale ou à l’éthique. Elle constitue une branche économique qui cherche avant tout le profit.

La finance ne se mettra jamais seule au service de l’homme, seule l’action du politique peut l’y forcer comme elle l’a fait au début du XXe siècle pour réguler le capitalisme industriel. Il appartient donc au politique d’agir.

Après des échanges entre les intervenants, Marc LAFFINEUR a invité Jean Pierre RAFFARIN à conclure les débats.

Le Premier ministre a jugé que la politique dépend aujourd’hui de deux contraintes : celle des électeurs et celle des créanciers, c’est-à-dire des marchés financiers. Selon lui, la question de l’argent, à travers celle de la justice sociale, va revenir de manière prégnante lors de la campagne présidentielle. Si la misère peut être supportée, l’injustice est en effet toujours rejetée. Un sentiment de révolte se propage dans la société française, alimenté par les frasques de populistes qui préfèrent la flatterie à la raison.

Devant la montée du scepticisme envers la classe politique, que doivent faire les décideurs ? Aller vers plus de transparence ? Certes, mais en évitant de tomber dans un tout normatif qui n’apporte, au regard des mesures prises ces dernières années, que bien peu de résultats.

Pour Jean Pierre RAFFARIN, les lois ne remplaceront jamais l’éthique. Les articles d’un code ne répondront jamais en effet à la complexité des situations rencontrées par les décideurs. C’est donc à chacun, en son for intérieur, en sa conscience, de juger du bien et du mal de ses actes. Seule une réhumanisation de l’action publique permettra de réenchanter la politique.

La politique et l’action politique naissent d’une vision de l’homme. En oubliant cette relation vitale et en se condamnant à la surenchère des promesses du « Ensemble tout devient possible », au « Yes we can », les hommes politiques se sont mis eux-mêmes en danger. A eux de réinvestir le champ des valeurs et de l’homme et de mettre l’ensemble de leurs propositions en cohérence avec leur éthique.

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