Il faut respecter l’Etat de droit en matière sociale

J’ai accordé un entretien au journal Le Monde dont vous retrouverez le contenu ci-dessous.

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Pourquoi la campagne des élections européennes a-t-elle autant de mal à démarrer ?

La crise est d’une telle brutalité qu’elle laisse peu de place au débat électoral. Les Français veulent d’abord de l’action. A l’UMP, nous avons choisi de faire une campagne courte. Elle démarrera la semaine prochaine, après l’interruption parlementaire. Je vous rassure, les listes seront prêtes, même si elles sont, comme toujours, difficiles à boucler.

Comment vendre l’Europe par ces temps de crise ?

Nicolas Sarkozy donnera début mai l’orientation de la campagne. Je souhaite une « Europe rebelle », notamment face à la financiarisation du monde, telle qu’il l’avait dessinée durant la présidence française. Une Europe qui tranche avec la politique des compromis et des petits pas, qui prévaut depuis cinquante ans.

Dans cette élection, le problème de l’UMP est de réussir à mobiliser. Pour cela, elle doit affirmer une rupture dans le projet européen. Et elle a besoin que le président de la République s’engage car c’est lui qui a montré qu’on peut changer l’Europe.

Craignez-vous la concurrence de François Bayrou ?

Je ne le sous-estime pas car les élections européennes sont traditionnellement des bonnes élections pour le Centre. Mais je constate que là où Valéry Giscard d’Estaing avait réussi à définir un projet politique pour le Centre, François Bayrou ne parvient pas à le renouveler. Il a trop tendance à se définir contre les autres et à défendre la vieille Europe. Le monde bouge à une vitesse considérable. Je ne vois pas son projet évoluer au même rythme. Il est vrai qu’il a quitté les responsabilités gouvernementales depuis plus de dix ans.

Et Ségolène Royal ?

Je ne débats plus avec elle car elle a quitté le champ du sérieux. Critiquer son pays à l’étranger c’est se situer en dehors d’une certaine éthique de responsabilité. Nicolas Sarkozy a été élu président de la République, elle a été battue, dont acte !

Dominique de Villepin évoque un « risque révolutionnaire » en France. Exagère-t-il ?

Notre pays a le sang chaud. La situation sociale est tendue. Je n’ai jamais vu une crise se répandre à une telle vitesse dans certains bassins d’emploi : à Poitiers le Futuroscope fait des résultats exceptionnels mais, à vingt kilomètres de là, Châtellerault est plongé dans la crise. Il faut être très attentif à notre cohésion sociale.

Comment réagissez-vous aux séquestrations de patrons par des salariés en colère ?

J’appelle à la fermeté pour que ces séquestrations cessent. Il ne s’agit pas de défendre une partie prenante dans un conflit, mais le droit. La France ne peut pas donner le sentiment de ne pas être un Etat de droit, en matière sociale.

J’étais en Chine, au Canada il y a quelques jours, je lis la presse étrangère : il n’y a pas une journée sans que la séquestration des patrons, l’insécurité sociale française ne soient mises en avant, y compris par un certain nombre de nos concurrents qui expliquent qu’il n’est pas serein d’aller développer des affaires en France. Nous avons déjà connu cela avec les 35 heures et avec la flambée des banlieues. La France n’a pas que des amis, elle doit comprendre que la première valeur d’une politique économique, c’est l’attractivité. Il faut attirer chez nous capitaux, talents et emplois pour contribuer au développement de notre pays.

Les salariés licenciés réclament plus de justice sociale. Comment les entendre ?

Les hauts revenus sont taxés à 50 %, c’est déjà beaucoup. Ce qui crée le malaise social, ce sont les salaires exorbitants. Un certain nombre de patrons irresponsables s’accordent des augmentations de salaire ou des stock-options qui choquent l’opinion. Heureusement, ils restent minoritaires. C’est aux syndicats patronaux, comme le Medef, de promouvoir une attitude éthique. S’ils s’en révèlent incapables, nous légiférerons.

Mais je continue à préférer le contrat à la contrainte. Nous sommes dans un Etat de droit. Remettre en question les contrats signés, par exemple les indemnités de départ prévues dans le contrat d’embauche, ne va pas de soi. La polémique publique, d’où quelle vienne, ne peut pas remplacer le droit.

La réforme de l’hôpital suscite de fortes inquiétudes dans le corps médical. Faut-il la maintenir ?

Le Sénat transformera fortement le projet de loi. L’hôpital, c’est très important dans la vie quotidienne des Français. Le texte voté par l’Assemblée nationale est trop confus. On mélange la gouvernance de l’hôpital, les questions de démographie médicale et de santé publique. Il faut un texte à part sur la santé publique et recentrer le projet de loi sur ses objectifs.

En l’état actuel, la gouvernance de l’hôpital ne me paraît pas satisfaisante. On ne peut considérer le directeur de l’hôpital comme un PDG, il faut rééquilibrer les responsabilités entre l’administration et la médecine au sein de la gouvernance.

Est-ce un nouveau coup d’arrêt de la majorité aux réformes de Nicolas Sarkozy ?

La majorité parlementaire sait être solidaire mais le Sénat n’a pas l’intention de considérer que la réforme qui sort du conseil des ministres est une réforme achevée. Nous affirmerons nos convictions : pas de médecine sans médecins. Il n’est pas acceptable non plus que le CHU domine l’ensemble de la communauté hospitalière territoriale car c’est une rigidité pour les autres établissements.

François Fillon s’inscrit dans la durée, il estime que son gouvernement n’est pas « usé ». Quand faudra-t-il remanier ?

Entre les élections européennes du printemps 2009 et les élections régionales du printemps 2010, nous allons entrer dans la seconde phase du quinquennat. Lorsque le président percevra la sortie de crise, il éprouvera la nécessité d’un changement.

Le tandem Sarkozy-Fillon n’est pas usé. Mais, dans la crise, le président est très exposé, il manque de « fusibles ». Il est passé d’un statut de protégé à celui de protecteur. Les membres du gouvernement doivent monter en première ligne avec le président sur les dossiers difficiles. La coresponsabilité de l’exécutif est une source de stabilité pour la Ve République.

Quel est le plus grand risque pour la France ?

Une crise en L, d’abord une forte récession, puis une longue stagnation européenne. Le système de cohésion sociale français ne peut pas vivre durablement sans croissance. Il est nécessaire que nous retrouvions une dynamique de croissance en 2010, pour, en 2011, 2012, faire les choix économiques majeurs nécessaires à la maîtrise de notre dette : la zone euro sera alors face à de sérieux arbitrages : dépenses publiques, inflation, fiscalité.

Propos recueillis par Françoise Fressoz et Sophie Landrin

Un commentaire sur “Il faut respecter l’Etat de droit en matière sociale”

  1. Patrick C. dit :

    Vous aurez effectivement à assumer l’enterrement de l’Europe et votre campagne courte pour de bien mauvaises raisons y contribuera. Mais puisque vous abordé le point du respect de l’état de droit, pouvez vous m’indiquer ce que vous pensez de cette histoire de non respect de ce même état de droit par les services du ministère de la culture.
    Je parle bien sûr des faits qui sont condamnable selon l’article suivant:
    Article 432-9
    « Le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, agissant dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, d’ordonner, de commettre ou de faciliter, hors les cas prévus par la loi, le détournement, la suppression ou l’ouverture de correspondances ou la révélation du contenu de ces correspondances, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende. »

    Il s’agit bien de la dénonciation par le ministère de la culture d’un employé de TF1 qui a eu le malheur de faire confiance à la représentation nationale au travers de F De Panafieu.

    Si j’ai bien compris, le ministère de la culture a décidé une sanction de suspension d’un mois. Le respect de l’état de droit n’est donc valable que pour certains? Une action qui détruit la confiance des citoyens en leur représentation nationale, qui fait que pour s’adresser à son député il va falloir être anonyme, est sanctionnée d’un mois de suspension?

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